Césaire / Senghor: L’oralité dans la littérature francophone

Comme nous sommes en mars, mois de la Francophonie, voici un article sur l’oralité dans la littérature francophone. Ce texte se base sur deux œuvres poétiques célèbres : Cahier d’un retour au pays natal de Aimé Césaire (1913-2008) et Ethiopiques de Léopold Sédar Senghor (1906-2001).

 

Un griot.

Un griot

Introduction :

 

L’oralité a donné une dimension exotique et innovante à la littérature francophone. Elle est un véritable outil pour donner toute son ampleur aux mots utilisés par ses auteurs. C’est la rencontre de deux mondes : le monde de l’oral qui transmet de manière sonore des mémoires, un patrimoine culturel et le monde de l’écrit classique. L’oralité a grandement contribué au développement de la littérature francophone. Elle a apporté un nouveau souffle, une nouvelle approche à la littérature de langue française et elle lui a ouvert de nouveaux horizons.

Pour développer le sujet de l’oralité, nous allons nous baser sur deux œuvres poétiques célèbres : Cahier d’un retour au pays natal de Aimé Césaire (1913-2008) et Ethiopiques de Léopold Sédar Senghor (1906-2001). Ces deux œuvres ont été choisies parce que leurs auteurs ont fortement contribué au rayonnement de la littérature francophone dans le monde entier. Césaire, auteur martiniquais et Senghor, auteur sénégalais se sont bien connus. Ils se sont rencontrés à Paris au Lycée Louis Legrand et suite à de longues discussions, ils se sont influencés dans de nombreux domaines. Césaire, lors d’une interview faite par Michel Field, a même affirmé qu’il a, grâce à Senghor, réussi à comprendre ses véritables origines en découvrant la noblesse de la culture africaine. En outre, ils ont tous les deux été de grands politiciens, de grands hommes de lettres et ils ont surtout été avec Damas, l’auteur dandy guyanais, deux des fondateurs du mouvement politique et du courant littéraire de la négritude. Ces deux hommes, qui n’étaient pourtant pas originaires de la Métropole, ont également marqué le patrimoine français. En effet, Léopold Sédar Senghor a été membre de l’Académie Française et Aimé Césaire a une plaque à son nom au Panthéon depuis 2011.

Dans leurs œuvres poétiques engagées, ces deux auteurs ont utilisé des techniques spécifiques et ont développé un style particulier, influencé par leurs véritables origines. Ainsi, on pourrait se demander, en se basant sur ces deux œuvres poétiques, comment l’oralité a contribué au développement des littératures francophones.

Dans une étude en trois parties, nous allons découvrir l’importance de l’oralité pour ces deux auteurs, leurs techniques pour donner un aspect oral à leurs textes écrits puis nous allons voir les effets de l’oralité sur la langue française. Mais avant cela, une présentation globale de ces deux œuvres s’impose afin de mieux comprendre leurs objectifs et le contexte dans lequel elles ont été écrites. Par la suite, je vais expliquer comment j’ai collecté les donnés pour réaliser cette étude.

 

Cahier d’un retour au pays natal de Aimé Césaire (1913-2008) :

 

Cahier d’un retour au pays natal est la première œuvre poétique publiée par Aimé Césaire. C’est un long poème original qui rompt avec les règles de la poésie classique qu’il maîtrise si bien. Il s’agit d’un long texte de 65 pages qui oscille entre l’écriture en vers et la prose. Il mélange les genres (le surréalisme et le chant incantatoire), joue avec la typographie, l’espace entre les phrases, la syntaxe, la longueur des phrases, la ponctuation, invente des mots et des expressions qu’il relie avec des tirets et marque ses mots de sa subjectivité. L’auteur est bel et bien présent tout au long de son texte rédigé entre 1936 et 1939. A cette époque-là, Césaire est de retour en Martinique, sa terre natale après des études supérieures à Paris. C’est à son retour sur l’île qu’il se rend réellement compte de l’influence néfaste du colonialisme français. Son poème exprime sa révolte et est le texte fondateur de la négritude.

Dans ce long poème, on peut distinguer trois parties distinctes qui représentent les étapes de sa réaction à son retour de la Metropole. Dans la première partie, Césaire fait une description désolante de son Ile. Dans la seconde partie, il se rend compte des aspects néfastes du colonialisme sur ses terres. Dans la dernière partie, il encourage ses « Frères » à réagir contre ceux-là et à changer le schéma dominants-dominés imposé par le colonialisme.

Le but de ce texte est de redonner ses lettres de noblesse à la culture créole, dont les racines sont dans la culture africaine, découverte par Césaire via son ami sénégalais rencontré à Paris,  Léopold Sédar Senghor. Il veut que les Martiniquais soient dignes et fiers de leurs origines et de leur couleur malgré l’oppression des colons européens et de leur culture. Il veut que les Martiniquais cessent de subir, qu’ils deviennent actifs pour retrouver leur réelle identité perdue. A travers ses mots, l’auteur vise les colons européens blancs racistes, il essaie, par conséquent de libérer son peuple d’une emprise culturelle néfaste, des coups de fouets donnés à son grand-père (ironiquement appelé « un très bon nègre »). Il pousse son peuple à se souvenir du passé pour renaître dans le présent et construire un meilleur avenir en accord avec ses valeurs originelles.

Son poème est particulièrement puissant et avant-gardiste pendant les années 30. En effet, à cette époque, la France est encore une puissance coloniale et la décolonisation des pays d’Afrique n’a pas encore commencé. Elle débutera réellement après le Seconde Guerre Mondiale et prendra fin avec l’indépendance de l’Algérie en 1962.

 

Ethiopiques de Léopold Sédar Senghor (1906-2001) :

 

Ce recueil poétique est dans l’ouvrage Œuvre Poétique. Son titre, Ethiopiques vient du grec « aithiops », qui signifie « noir ». Il a été publié en 1956 pour s’inscrire dans le courant littéraire de la négritude. Ce n’est pas la première œuvre poétique de l’auteur. Il a écrit Chants d’Ombres en 1945 et Hosties Noires en 1948 que l’on peut trouver avant Ethiopiques dans Œuvre Poétique. Contrairement à ces dernières, Ethiopiques est une œuvre qui s’interroge moins sur une crise de civilisation, c’est une œuvre plus politique et autobiographique qui évoque, par exemple, l’érotisme de la femme blanche en référence à ses expériences personnelles.

On peut distinguer trois parties dans cette série de 22 poèmes. Les huit premiers poèmes évoquent son rapport à l’Afrique, même si l’un de ces poèmes est intitulé New-York. Dans ce dernier, il retrouve avec plaisir l’influence de l’Afrique dans le quartier de Harlem. Dans les six suivants intitulés « Epître à la Princesse » dédiés à la Marquise Josephine Daniel de Betteville, la grand-mère de sa seconde épouse, Colette Hubert, Senghor dialogue avec une bien-aimée lointaine qu’il décrit régulièrement avec des éléments qui font penser au froid, l’opposé de l’Afrique. Il s’agit d’une relation épistolaire sous la forme de poèmes. Elle est pleine de lyrisme, de nostalgie et de romantisme. Cette partie est le fruit de la passion de son peuple africain et d’une femme éloignée géographiquement, qui pourrait être une métaphore de son amour pour le continent européen. Cette relation représente un lien entre l’Europe et l’Afrique. La troisième partie s’intitule « D’autres chants », c’est une série de huit poèmes aux thèmes variés : amour, valeurs morales… qui reflètent les remises en question et les réflexions philosophiques de l’auteur. Cette œuvre est complexe parce qu’on a l’impression qu’il y a un manque d’unité entre les poèmes. Mais le fil conducteur d’une partie à l’autre est la complexité de son auteur : ses origines, ses influences, ses ambitions et son expérience personnelle multiculturelle.

Ethiopiques est une œuvre qui concentre des réflexions de Senghor cumulées pendant de nombreuses années, elle a été publiée quatre ans avant l’indépendance du Sénégal, pays où il deviendra le premier Président de la République en 1960.

  

L’apport de l’oralité dans le développement des littératures francophones. Etude basée sur Cahier d’un retour au pays natal de Aimé Césaire (1913-2008) et Ethiopiques de Léopold Sédar Senghor (1906-2001) :

 

« Seule le rythme provoque le court-circuit poétique et transmue le cuivre en or, la parole en verbe », citation de la postface de Ethiopiques intitulée : Comme les lamantins vont boire à la source. Grâce à cette citation, nous pouvons comprendre que l’oralité est précieuse aux yeux de Léopold Sédar Senghor et de Aimé Césaire, en effet, elle fait partie de la culture de leurs parents et de leurs ancêtres. Elle devait faire partie de leurs œuvres littéraires pour être fidèles à leurs véritables origines et pour s’exprimer en accord avec eux-mêmes. On pourrait se demander ce qu’a vraiment apporté l’oralité au développement des littératures francophones. Pour répondre à cette question, nous allons tout d’abord étudier l’importance de l’oralité pour ces auteurs. En deuxième partie, nous allons nous concentrer sur les techniques utilisées pour traduire cette oralité dans des textes écrits. Finalement, nous allons étudier les conséquences de cette oralité sur des écrits en langue française.

 

I) L’importance de l’oralité pour ces deux auteurs

 

L’oralité fait partie intégrante de la culture africaine. Pendant des générations et des générations, elle était le seul vecteur de transmission d’un patrimoine culturel : des contes, des poésies… Celui qui est chargé de cette transmission culturelle en Afrique est le griot. Il raconte de manière vivante des histoires parfois pleines de magie aux nouvelles générations. Il est invité aux grands événements familiaux et communique avec le public qui l’entoure. Il y a une interaction directe fondamentale pour que l’héritage culturel se transmette correctement d’une génération à l’autre. Le griot chante ses contes et histoires, il danse, il mime et il est souvent accompagné d’instruments de musique. Par exemple, le tam-tam est un des instruments de prédilection de l’oralité chez ces deux auteurs. Senghor fait toujours précédé ses poèmes des instruments qui accompagnent le narrateur. Des instruments typiquement africains : les kôras, les balafongs, les tabales sont notamment utilisés pour accompagner les poèmes Congo et L’Homme et la Bête. Mais des instruments de musique plus classiques comme la flûte, l’orgue ou d’autres issus du jazz peuvent aussi accompagner des poèmes qui traitent davantage de la culture occidentale. Un orchestre de jazz et un solo de trompette sont notamment impliqués dans A New York… Le jazz est un courant musical crée par les Noirs du sud des Etats-Unis. Ainsi, Senghor rassemble tous ses « Frères » noirs du monde entier. Les instruments dépendent du thème et de l’impression que l’auteur veut donner. Sans instruments, les poèmes perdent une partie de leur sens et de leur âme. Dans la postface du recueil de poèmes que nous étudions, Senghor explique que les « poètes nègres » de l’Anthologie sont avant tout des « auditifs ». Il donne l’exemple des poètes gymniques de son village qui écrivent dans un état de transe quand ils sont sous l’influence du tam-tam. Senghor affirme qu’il est d’abord inspiré par un rythme, puis il écrit ces poèmes sans jamais avoir de plan précis à l’avance. Il attache aussi beaucoup d’importance à la diction du poème. Il compare ses poèmes à une partition de jazz où tous les paramètres sont essentiels. Le crieur a tendance à insister sur l’accent final du verset. Il faut chanter le poème.

Aimé Césaire, même s’il est Martiniquais est aussi issu d’une culture de l’oralité, en effet, les ancêtres des Antillais viennent d’Afrique, la population locale est, par conséquent, familière avec ce procédé de transmission culturelle. L’oralité fait partie de l’enfance des deux auteurs qui regardent leur passé avec nostalgie dans Ethiopiques et Cahier d’un retour au pays natal. A l’époque du « Royaume de l’Enfance », pour citer Senghor, la culture africaine était plus pure et était peu influencée par les colons. Au moment où Césaire et Senghor ont crée le mouvement politique et le courant littéraire de la négritude, c’est à dire pendant les années 30, la culture des ancêtres était sur le point d’être oubliée par la population locale, si influencée et manipulée par la présence de la culture européenne.

C’est pour la figuration de la mémoire que ces deux auteurs, qui ont tour à tour le rôle de griot et le rôle de porte-parole d’un peuple, essaient de faire revivre la culture de leurs véritables origines et de rendre sa dignité à la population locale Noire, trop souvent traitée injustement ou comme des citoyens de seconde zone à cause de l’esclavage et de la colonisation.

Nous avons pu voir que l’oralité n’est pas qu’un style, en effet, elle représente bel et bien une partie de l’identité des auteurs et de toutes les populations qu’ils représentent.

Comme l’oralité est l’expression spontanée et authentique de la pensée, on pourrait se demander quelles techniques ces auteurs ont utilisé pour passer de l’oral à l’écrit.

 

II) Les techniques littéraires pour passer de l’oral à l’écrit

 

Pour donner les aspects vivants, colorés, authentiques et directs de l’oralité à un texte écrit, Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire utilisent des techniques bien spécifiques.

Le rythme et la musicalité sont cruciaux dans ces poèmes pour que les auteurs atteignent leurs objectifs de revalorisation des populations Noires et de figuration de la mémoire. Ils maîtrisent de nombreuses figures de style. Ils jouent avec les sons et les répétitions en utilisant de nombreuses allitérations, assonances et anaphores. Ils jouent avec les épiphores, les prolepses (ils expriment des idées importantes à l’avance pour mieux réfuter les objections) et les analepses (les retours dans le temps).

Ils s’amusent avec les règles de ponctuation et la syntaxe française. La ponctuation dans l’œuvre de Césaire est particulièrement pauvre, tandis que Senghor ne respecte pas toujours ses règle; elle respecte des pauses respiratoires pour bien montrer l’oralité de son oeuvre.  Césaire crée des expressions construites avec une série de mots, reliés entre eux par des tirets. Ces derniers poussent le lecteur à avoir un certain rythme quand il lit ces expressions. Par exemple, « la danse il-est-bon-et-légitime-d’être-nègre ». Grâce à ce procédé créatif, il rend le message plus facile à retenir.

Dans la poésie des deux auteurs, le style est direct, c’est incontournable quand on veut imiter le style du griot. Le « je » est bel et bien présent pour montrer l’engagement du narrateur dans son combat contre les idéologies des colons. Il y a des questions directes, un émetteur et un ou des récepteurs. Nous reviendrons ultérieurement sur l’identité de ces récepteurs. En outre, les apostrophes, les interjections, les phrases exclamatives, les onomatopées font partie intégrale de leurs poésie : « Voum rooh oh », peut-on lire dans Cahier d’un retour au pays natal à plusieurs reprises et « Oho ! Congo oho ! », dans le poème Congo de Senghor.

Senghor utilise un procédé de nomination. Il joue avec les connotations du lecteur et donne ainsi une plus grande puissance au vocabulaire qu’il utilise. Césaire, quant à lui, utilise des néologismes comme « inattenduement » et joue avec la typographie, les espaces, les mises à la ligne pour que le message attire directement l’œil du lecteur.

La présence de répétitions, de parallélismes, de refrains montre l’aspect incantatoire, mystique et de rituel des poèmes. Dans l’œuvre de Césaire, les anaphores sont particulièrement présentes et leurs répétitions sont entêtantes. Dans Ethiopiques, Senghor utilise notamment l’animisme, qui est la croyance en une âme animant les êtres vivants, mais aussi les objets et les éléments naturels. Les deux auteurs sont véritablement des prophètes, des guides pour la population. Il y a un aspect liturgique dans leurs poèmes. On peut trouver des chants d’éloges comme Teddungal dans Etipopiques et des chants cérémoniaux. Les répétitions se font martellement comme s’il fallait retenir une leçon. Le lyrisme omniprésent et la présence de sentiments forts renforcent l’identification.

Nous avons vu que les auteurs maniaient avec précision les techniques littéraires pour rendre la transmission de leurs textes plus vivante et faire penser à l’oralité africaine qui leur est si chère.

On pourrait se demander quelles sont les conséquences de l’oralité et de toutes ces techniques sur la langue française.

 

III) Les conséquences de l’oralité en langue française

 

Tout d’abord, il faut savoir que Senghor et Césaire ont tous les deux dû faire face à des critiques parce qu’ils n’ont pas écrit directement dans leurs langues locales. Les Martiniquais voulaient que le texte poétique soit rédigé en créole et les Sénégalais voulaient que les poèmes soient écrits dans une des langues locales du pays. Mais le but des deux auteurs était bel et bien de s’exprimer en français. Ainsi, ils pouvaient également toucher l’élite de leurs pays et les Français. Ils avaient des choses à leur communiquer.

Toutes les techniques pour exprimer l’oralité, étudiées dans la seconde partie, montrent bien que ces deux auteurs maîtrisent parfaitement la langue française. Ils ont décidé de rompre avec les règles de la littérature classique pour mieux exprimer leur identité et pour faire passer leur message avec plus de conviction. Mais quand on observe l’effet donné à la langue française par ces auteurs, on se rend compte qu’il peut être perçu comme exotique par les lecteurs francophones. La forme des textes, leurs tournures, la puissance des syntagmes nominaux, le principe de nomination,  le vocabulaire parfois issu des langues locales ou d’autres langues vivantes ou mortes, rendent la langue française presque étrangère aux Français ! Mais Senghor adapte la ponctuation des poèmes, c’est à dire le rythme de ses phrases, pour les lecteurs français. Il explique dans la postface de Ethiopiques que le rythme d’origine peut également être préservé si ces textes sont lus en insistant sur l’accent majeur de chaque groupe nominal. Césaire, en plus du créole, utilise du vocabulaire d’Afrique et d’Amérique du Sud, par exemple, des mots d’origine portugaise et espagnole sont présents dans son texte poétique. Sans oublier que les deux auteurs, qui ont bénéficié d’études littéraires poussées à Paris, ont recours à des mots latins, grecs et font appel à du français archaïque. Breton disait à propos de Césaire : «  Un Noir qui manie la langue française comme il n’est pas aujourd’hui un Blanc pour la manier ». Cette citation prouve que l’auteur martiniquais et Senghor étaient des génies d’un point de vue linguistique. Ils ont mélangé les cultures et le vocabulaire d’origine étrangère pour créer un métissage culturel dans le but de montrer au monde qu’il n’y a pas de culture supérieur et que la culture Africaine, berceau de la culture antillaise, est tout aussi importante que la culture gréco-latine et occidentale. Ils appellent aussi au respect de toutes les races : «… je ne suis pas différent, ne faites pas attention à ma peau noire : c’est le soleil qui m’a brûlé », dans Cahier d’un retour au pays natal.

Nous avons pu remarquer que Césaire et Senghor ont utilisé la langue française comme une arme pour redonner ses lettres de noblesse aux cultures indigènes et aux populations locales des territoires colonisés par les Français. Leur objectif est de convaincre que toutes les cultures et toutes les races du monde sont sur un même pied d’égalité.

 

Conclusion :

 

A travers ces trois parties, nous avons pu voir que l’oralité a su donner de la couleur, de la vie, du rythme et un métissage culturel sans précédent à la littérature francophone. Les techniques littéraires de ces deux auteurs servent leurs messages de négritude. Leurs poèmes ont un aspect incantatoire qui doit servir à la transmission de valeurs et d’idées qui leur sont précieuses : retrouver et faire découvrir la culture des Noirs ; faire retrouver une dignité aux populations indigènes victimes des colons ; démontrer à l’univers que le métissage culturel est une force et qu’il n’y a pas de culture supérieure. Leurs poèmes sont bel et bien contre le racisme, le colonialisme et pour l’égalité des Hommes. La langue française leur permet de se faire entendre plus universellement et de communiquer plus facilement avec le colonisateur, responsable de la crise d’identité des populations indigènes. Ils jouent avec la langue de Molière pour donner à leurs poèmes un aspect auditif sans précédent à la littérature de langue française. Leurs textes doivent être lus comme des partitions et interprétés avec une diction spécifique pour donner au lecteur blanc un peu du rythme de parole du griot, pour que le lecteur européen devienne interprète de ces nouveaux sons venus de loin. Ces deux auteurs attendent des efforts de la part de leurs « Frères » noirs mais aussi des autres populations pour vivre dans un monde meilleur, plus égalitaire, dans le respect de tous les êtres humains, peu importe leur race. Dans la postface d’Ethiopiques, Senghor écrit : « Il m’a donc suffi de nommer les choses, les éléments de mon univers enfantin pour prophétiser la Cité de demain qui renaîtra des cendres de l’ancienne, ce qui est la mission du Poète ». Mais chaque mot est encore plus puissant et prend véritablement tout son sens quand il est dit en rythme.

 

Bibliographie et sources électroniques :

 

BAUMGARDT U. et UGOCHUKWU F., 1 juin 2005, Approches littéraire de l’oralité africaine, Paris, Editions Karthala.

 

BELOUALI, Saïda. In Semen. Senghor : Habiter l’interparole [en ligne], Semen revues. 2004, [consulté le 1mai 2015], disponible sur : http://semen.revues.org/2243

 

CATHERINE-SAINT Elizabeth, Oralité et figuration de la mémoire chez Césaire, Chamoiseau et Monémembo, Université de Victoria, Canada.

 

CESAIRE A., 1983, Cahier d’un retour au Pays Natal. Paris, Présence Africaine.

 

CHEVRIER J., 2004, De la culture orale à la production écrite : littératures africaines, Besançon, PUFC.

 

CHEVRIER, Jacques. In Semen. Postface : L’encre du scribe est sans mémoire [en ligne], Semen revues. 2004, [consulté le 5 mai 2015], disponible sur : http://semen.revues.org/2273

 

GALLAY, Anne-Lise. In Academia. Le style de Senghor : La cas d’Ethiopiques [en ligne], Academia, 15 mai 2015 [consulté le 15 mai 2015], disponible sur : http://www.academia.edu/9619109/Le_style_de_Senghor_le_cas_dEthiopiques

 

JOUANNY R., Septembre 1997, Ethiopiques : Analyse littéraire de l’œuvre, coll Profil-Senghor, Paris, Hatier.

 

PERRIN, Véronique. In Itinéraires humanistes. Lecture analytique : Cahier d’un retour au pays natal [en ligne], Itinéraires humanistes, 4 mars 2014, [consulté le 10 mai 2015], disponible sur : http://www.itineraireshumanistes.org/?p=877

 

PIRIOU,Marine. In La Plume Francophone. Cahier d’un retour au pays natal ou la formation dialectique du je césairien [en ligne], la-plume-francophone, 4 novembre 2007,[consulté le 2 mai 2015], disponible sur http://la-plume-francophone.com/2007/11/04/aime-cesaire-cahier-dun-retour-au-pays-natal/

 

SENGHOR SEDAR Léopold. 15 octobre 1990. Œuvre Poétique, Ethiopiques. Points Essais, Paris, Editions du Seuil.

 

 

Le présent des verbes en -ir (-issons)

Ile de Ré, France.

Tous les verbes en -ir qui se terminent en -issons à la première personne du pluriel (nous) se conjuguent de la même manière.

On peut aussi dire que ce sont des verbes du deuxième groupe.

Finir:

je finis

tu finis

il finit

elle finit

on finit

nous finissons

vous finissez

ils finissent

elles finissent

D’autres verbes en -issons: applaudir, choisir, obéir, pâlir …

Attention:

De nombreux verbes en -ir ne se conjuguent pas de cette manière. Par exemple, tenir.

Mardi Gras en France

Carnaval de Dunkerque.

Carnaval de Dunkerque.

 

Dans la culture catholique, Mardi Gras est le dernier jour avant Mercredi des Cendres, qui marque le début du Carême, une période de 40 jours (sans compter les dimanches) qui incite à la prière, à se poser des questions sur soi et à faire un jeûne qui consiste à ne plus manger de viande, d’oeufs et à mettre une croix sur les gourmandises qui peuvent faire plaisir pendant le quotidien. Cette période se termine officiellement le dimanche de Pâques.

La date du Mardi Gras change chaque année. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une journée où l’on peut savourer de bonnes choses, même ce qui est gras et sucré, comme des beignets ou des crêpes.

 

Des beignets. Ils peuvent être natures ou fourrés à la compote de pomme, à la confiture, à la crème pâtissière, au chocolat ...

Des beignets. Ils peuvent être natures ou fourrés à la compote de pomme, à la confiture, à la crème pâtissière, au chocolat …

 

C’est le moment de faire la fête, de se déguiser, de faire du bruit, des parades et des excès étant donné que le jour suivant est le commencement d’une période très sérieuse.

Les écoles primaires organisent des fêtes de carnaval. Les grandes villes organisent de grandes parades où des chars excentriques sont exhibés dans les rues. Un vrai plaisir pour les petits et les grands !

Les carnavals les plus connus en France sont ceux de Nice (sur la Côte d’Azur), de Dunkerque (dans le nord) et de Granville (en Normandie) mais toutes les villes françaises en organisent un où le principe reste le même: faire la fête au maximum.

 

Un char du Carnaval de Nice.

Un char du Carnaval de Nice.

Chaque célébration du Mardi Gras se termine en brûlant Monsieur Carnaval, un personnage en carton qui représente tous les aspects négatifs de l’hiver. Après cette coutume, les Français peuvent commencer à penser au printemps et aux bienfaits qui l’accompagnent.

 

Explication des mots en bleu:

 

Inciter = pousser

Un jeûne = une période de privation

Mettre une croix sur = renoncer à

Un char = grand véhicule décoré pour une parade

Un bienfait = un avantage / quelque chose de positif

 

 

Les terrasses des cafés français

Terrasse_d'un_café_de_Paris-Paul_Munhoven

Qui ne rêvent pas de boire un bon café et de déguster un croissant sur la terrasse d’un café parisien ?

Voici ce qu’il faut savoir avant d’aller sur les terrasses des cafés français dans la vraie vie :

Tout d’abord, les Français sont sur les terrasses toute l’année, été comme hiver, qu’il fasse chaud ou froid. Soit, ils veulent profiter du beau temps, soit ils veulent fumer ! En effet, ne pensez pas que l’air sera pur quand vous voudrez réaliser votre fantasme du café-croissant.

Ensuite, il faut savoir que vous ne pouvez pas boire un café à toute heure. Les cafés, paradoxalement, cessent de servir du café le soir (à partir d’environ 17 heures).

Les boissons chaudes sont restées traditionnelles en France:

Expresso

Décaféiné

Double expresso

Grand café

Noisette (espresso + crème)

Café crème ( est un café au lait en réalité)

Grand décaféiné

Décaféiné crème (est un décaféiné au lait en réalité)

Chocolat chaud

Chocolat viennois (avec crème chantilly)

Cappuccino

Cappuccino viennois (avec crème chantilly)

Thé

Infusion

Pour vous donner une idée, l’expresso peut coûter entre 1,50 et 8 euros à Paris. Les boissons chaudes sophistiquées comme les cappuccinos viennois sont plus chères. Il n’y a pas de “free refill” et les quantités sont plutôt petites.

Pour commander, il faudra redoubler d’efforts pour attirer l’attention du serveur qui aura des clients à l’intérieur et à l’extérieur du café. Dites “s’il vous plaît” pour qu’il vous regarde.

Les terrasses sont proches des trottoirs et de la rue donc des passants et des pots d’échappement. Par mesure de précaution, ne laissez pas votre téléphone portable ou d’autres objets de valeur sur la table et faites sans arrêt attention à vos sacs. Ne les laissez pas à votre table pour aller aux toilettes, par exemple.

Vous serez servi dans une vraie tasse (pas dans un gobelet géant !).

Ne soyez pas étonné de devoir payer votre boisson chaude directement après avoir été servi. Certains cafés préfèrent faire payer tout de suite pour éviter que les gens partent en catimini sans payer. Si vous voulez une deuxième boisson chaude, pas de problème, il faudra simplement répéter le même processus que pour la première boisson.

Il est important de savoir que les prix ont tendance à être plus élevés quand on se fait servir en terrasse. Les prix TTC des consommations servies à l’intérieur et à l’extérieur doivent toujours être indiqués sur la carte.

L’idéal est de payer en liquide. Beaucoup de cafés n’acceptent pas la carte avant un certain montant, souvent supérieur à 10 euros.

Pour le pourboire, il est préférable de le laisser discrètement sur l’assiette de l’addition en partant.

Ça y est ! Vous savez tout. Vous êtes prêt pour profiter au maximum de votre café-croissant en terrasse comme un vrai Français !

 

Explication de mots en bleu:

 

Déguster = manger avec plaisir

Cesser de = arrêter de

Une infusion = herbal tea

Un passant = une personne qui passe dans la rue

Un pot d’échappement = exhaust pipe

Un gobelet = un conteneur en plastique ou en carton

En catimini = très discrètement, sans être vu.

TTC = Toutes taxes comprises

En liquide = cash

 

Compréhension sans compréhension : les mystères de la compréhension orale en langue étrangère

Merci à Eric Burt pour sa collaboration. Dans cet article, il fait part de son expérience pendant son apprentissage. Il explique de manière détaillée et scientifique ses observations de la compréhension orale en français alors que sa langue maternelle est l’anglais. 

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Compréhension sans compréhension : les mystères de la compréhension orale en langue étrangère.

J’étudie le français depuis six ans.  J’adore cette langue et la culture française. Parmi les quatre compétences : compréhension/production écrite et compréhension/production orale, je trouve la compréhension orale la plus difficile à maîtriser. Je la travaille très dur : je prends beaucoup de cours de français, je reçois beaucoup d’aide de mes professeurs, et finalement j’écoute des programmes de radio : France Inter, France Culture et TV5 Monde plus d’une heure par jour, mais finalement mon progrès est très lent. Probablement que c’est naturel à cause du fait que j’habite dans un pays anglophone, mais je me demande s’il y a d’autres choses que je pourrais faire pour améliorer ma compréhension ?

 

D’abord je vais décrire mon expérience avec l’apprentissage du français en donnant toutes les méthodes que j’ai utilisées, en particulier en ce qui concerne la compréhension orale.  Ensuite, après un certain temps je me suis rendu compte que la compréhension orale était très difficile à maitriser et je vais donner des exemples de ce que j’ai fait pour l’améliorer.  Finalement, j’ai découvert une autre manière d’écouter pour mieux améliorer la compréhension et je vais donner les détails.

 

Je commence à essayer d’apprendre le français

 

Il y a longtemps, quand j’étais étudiant à l’université, j’étudiais le russe. Je me suis rendu compte que de penser dans une autre langue étrangère était très difficile. Oui, on peut traduire, mais comment penser sans traduction comme on le fait avec la langue maternelle ? Il me semble que c’est comme un certain type de magie ! À partir de ce moment-là, c’est devenu un but pour moi de le faire, mais que faire exactement ? C’était seulement une question de travailler dur ?  En même temps, j’ai reçu mon diplôme et j’ai commencé à être scientifique. A l’époque, je n’avais pas le temps de poursuivre ce but. De plus en plus souvent, j’ai commencé à aller en France pour mon travail. Chaque fois en me disant que je devrais apprendre cette langue. Finalement, en 2010, j’ai décidé de le faire.

 

Le problème auditif : compréhension orale par rapport à l’écrit

 

Il est possible que la compréhension soit la compétence la plus difficile des à acquérir dans une langue étrangère.  Pourquoi ?  Probablement parce que pour les autres compétences, on peut avoir son propre rythme.  Par exemple, quand on lit un livre et on voit un mot qu’on ne comprend pas, il est toujours possible de trouver ce mot dans le dictionnaire et de prendre son temps.  Ce n’est pas le cas avec la compréhension orale : on dépend de quelqu’un d’autre pour établir le rythme.

 

D’abord pour pratiquer ma compréhension orale, j’ai écouté beaucoup de choses : la radio, la télévision, et bien sûr mes professeurs. Mais sans stratégie,  Je ne comprenais pas beaucoup et j’ai décidé qu’il fallait avoir une méthode plus organisée.

 

Le but le plus important : reconnaître des mots

 

Après un certain temps, en étudiant le français, je me suis rendu compte que c’était très important de reconnaître les mots oralement même si je ne les comprenais pas.  C’est à dire, de reconnaître un mot, peu importe sa signification.  A première vue, il semblerait que ce ne soit pas très utile, mais en fait, si on peut le faire à 100%,  la compréhension orale sera sur un pied d’égalité avec la compréhension écrite.  Evidemment dans ce cas-là, la compréhension orale serait plus facile.

 

En général, c’est plus facile de reconnaître des mots écrits que des mots oraux.  Grace à cette meilleure reconnaissance, c’est plus facile de comprendre des phrases écrites que des phrases orales.  Alors, j’ai décidé que si je peux reconnaitre des mots à l’oral aussi bien que je peux reconnaitre des mots écrits, ce serait une grande étape parce qu’à ce moment-là, l’écriture n’aurait pas plus d’avantages par rapport à la compréhension.

 

Je découvre les podcasts !

 

Alors, j’ai commencé un projet d’écouter des choses en français plus de 30 minutes par jour.  Pas pour la compréhension, mais seulement pour la reconnaissance des mots.  D’abord, je n’ai rien compris puis j’ai compris seulement un petit peu.  Mais, très rapidement, ma capacité à couper la chaîne parlée s’est améliorée.

 

Avec ma nouvelle capacité, j’ai commencé à réutiliser les traductions ponctuelles en anglais pour mieux comprendre en même temps.  D’abord, la combinaison des deux était un outil très efficace. De plus, ma compréhension s’améliorait en même temps.  Mais, finalement, la tentation de réintroduire l’anglais était un piège. Ça me limitait dans mes efforts.

 

La stagnation et les problèmes : il faut savoir résister aux tentations…

 

J’ai commencé ma stratégie pour améliorer ma compréhension orale il y a plusieurs années.  J’ai fait des progrès après seulement plusieurs mois.  Cependant, je suis arrivé à un plateau très rapidement et je suis resté là longtemps.  Pendant que mes autres compétences continuaient à s’améliorer, mes progrès à l’oral se sont arrêtés.  En fait, j’ai pris des cours à l’Alliance Française de Paris au niveau B2 récemment et je n’ai pas eu de problème avec quoi que ce soit sauf avec la compréhension orale.  J’ai passé un examen là-bas et j’ai réussi toutes les parties sauf la compréhension orale où j’ai échoué complètement (les autres étudiants dans ce cours n’ont pas eu le même problème vraisemblablement parce qu’ils habitent à Paris définitivement) !

 

Que faire ?

 

Je suis revenu aux États-Unis un peu frustré.  Mon but était-il impossible ?  Ou, en tout cas, impossible en habitant dans un pays anglophone ? Peut-être, mais plusieurs de mes professeurs m’ont dit qu’il fallait mettre entre parenthèses ma langue maternelle.  Évidemment, il faut écouter pour reconnaître des mots sans se soucier de la compréhension encore.  Pour que cette méthode soit efficace, il faut arriver à un certain niveau intermédiaire afin qu’on ait un vocabulaire riche.  Alors, j’ai fait ça et voilà : ma reconnaissance des mots a augmenté et ma compréhension a diminué de 40-50 % à 10 % !

 

Je me dis, pas de souci.  Il faut que je me concentre sur des reconnaissances de mots seulement.  C’est à la fois difficile et incroyablement important.  C’est comme la méditation : il faut se focaliser sur une chose et résister à la tentation de penser à d’autres choses.  Quand j’ai commencé à le faire correctement, voilà, plus de reconnaissance et petit à petit, je commençais à comprendre un peu, sans anglais.  C’était un miracle !  Mais, je ne comprenais pas tout, bien sûr. Quand je reconnaissais un certain mot et que je savais que ce mot était très important pour la signification de la phrase, je ne comprenais pas la signification du mot exactement, mais c’était très difficile de résister à la tentation d’essayer de comprendre ce mot. Donc, j’étais motivé et j’ai commencé à traduire ce mot en anglais et finalement je le comprenais dans ce contexte-là et probablement la phrase aussi, mais là ce serait trop tard pour la prochaine phrase parce que pendant que je faisais ma traduction, la personne qui était en train de parler, continuerait et je n’entendrais pas ce qu’elle a dit.  Voilà, le piège : je comprenais une partie de la conversation et manquerais complètement l’autre !  C’est pour cela, à mon avis, qu’il faut avoir des associations ou des connotations automatiques pour chaque mot sans référence à la langue maternelle.  On ne peut pas augmenter ces connotations, si on utilise les traductions.

 

De plus, quand j’utilise la traduction en anglais, en même temps, j’éteins la compréhension française ! Mon processus de la traduction des mots clé en anglais, d’analyser et de retraduire était inutile. Pour faire la traduction je dirais que je change le mode d’opération de mon cerveau.  Donc, c’est important de résister à la tentation de traduire pour deux raisons : 1) ne pas manquer les autres mots et 2) rester sur le « mode » français.

 

Les deux types de processus dans le cerveau

 

En général, nous avons deux types de processus à penser : analytique et automatique (ou intuitif).  Pour une description de ces deux façons très intéressantes, voyez, « Gödel, Escher, Bach, an Eternal Golden Braid  », Douglas Hofstadter, Basic Books (1979) p. 38 : voyez le mode mécanique et le mode intelligent.   Dans le processus analytique on utilise la logique pour résoudre un problème.  Dans le processus automatique, on arrive à la solution avec une certaine « gestalt » On peut dire que le réseau entier du cerveau travaille en même temps sur le problème automatiquement – c’est l’intuition.

 

Peut-être que c’est la même chose avec le langage.  C’est à dire, la compréhension qui utilise la traduction à l’autre langue est « analytique » et la compréhension qui reste dans la langue cible est « automatique/intuitive ».  Le premier processus est plus facile, mais moins efficace.  En fait, je pense que la deuxième façon exige de changer, ou d’augmenter le réseau des neurones dans le cerveau et c’est à cause de cela qu’il faut beaucoup de temps.

 

Une analogie avec les ordinateurs

 

C’est comme un certain processus informatique.  Avec les ordinateurs, on peut avoir plusieurs types de langages.  Il y a des langages machines et des langages interprétés.  Pour un langage machine, chaque instruction dans un programme informatique correspond exactement à une opération numérique dans le matériel informatique.  C’est très efficace et très rapide.  Pour un langage interprété, il faut traduire chaque phrase dans ce langage aux instructions machines et puis aux opérations numériques.  Donc il y a une étape supplémentaire.  Les langages interprétés sont plus flexibles et plus faciles à utiliser mais à la fois moins efficaces.

 

L’analogie avec le processus informatique : dans les langages humains, on peut simuler un langage étranger en utilisant une traduction en langue maternelle et puis interpréter toutes choses dans le dernier.  On peut apprendre cette méthode très rapidement, mais finalement, c’est une méthode trop lente et inefficace.  Pour compléter l’analogie, pour éviter l’étape supplémentaire, je pense qu’il faut changer le réseau neuronique dans le cerveau pour construire les nouvelles instructions de la « machine », et les opérations « numériques » dans le cerveau.

 

La situation ici est aussi très semblable à l’apprentissage de la lecture dans la langue maternelle : quand nous apprenons comment lire, d’abord, le plus souvent nous lisons à haute voix.  Après un certain temps, nous lisons en silence. Finalement, si nous devenons de bons lecteurs, nous éliminons tous les éléments vocaux.  Nous pouvons reconnaître les mots et comprendre leur signification immédiatement sans « traduction ».

 

La compréhension est-elle faite du côté droit du cerveau ? 

 

Maintenant c’est très populaire de décrire les pensées comme des processus du côté droit ou du côté gauche du cerveau. On peut dire que les processus qui opèrent dans le côté droit du cerveau sont intuitifs et créatifs et ceux qui opèrent dans le côté gauche sont plus analytiques.  Donc, dans ce contexte, l’apprentissage de la langue est semblable en pensant avec le côté droit du cerveau. Il y a une tentation de dire que le vrai apprentissage de la langue reste dans le côté droit.  Mais, quand quelqu’un a un accident vasculaire cérébral, si le coté gauche est endommagé, on perd le langage alors que le coté droit reste intact. Mais pas l’inverse. En effet, si le côté droit est endommagé, la fonction du langage a des chances de ne pas être atteinte. Mais, en même temps avec le dommage dans le côté gauche, dans certains cas, le côté droit peut réacquérir une certaine partie du savoir-faire du langage.  Finalement, c’est une question très compliquée parce que maintenant nous ne savons pas exactement comment fonctionne le cerveau !  Donc, selon les expériences scientifiques, ce n’est pas tout à fait claire dans quelle hémisphère du cerveau ces processus se déroulent (par exemple, E.D. Ross and M. Mesulam, « Dominant Language Function of the Right Hemisphere ? », Arch Neurol. 36, 144 (1979)).

 

L’apprentissage d’une langue : un changement du cerveau ?!

 

En tout cas, il est évident que le vrai apprentissage complet de la langue exige une certaine « évolution » du cerveau (par exemple, A. Mechelli, et al., « Neurolinguistics :  Structural plasticity in the bilingual brain, » Nature 431, 757 (2004)).  Il faut avoir des nouvelles structures neuroniques pour faire des connections de façon automatique entre les idées et les mots dans le langue cible, sans référence au langue maternelle.  C’est à dire, on doit construire ou réutiliser les nouveaux groupes de neurones pour représenter les nouveaux mots directement.  Celui-ci est presque automatique quand nous sommes très jeune (avant 6 ans).  Selon le linguiste Stephen Pinker (The Language Instinct, Perennial Classics, 2000) à un très jeune âge, nous sommes tous des génies de langage.  Après cet âge, l’apprentissage d’une langue devient de plus en plus difficile et nous utilisons d’autres outils, comme la langue maternelle pour faire de progrès.  Mais c’est inefficace et c’est un piège parce qu’à ce moment-là le cerveau n’est plus aussi modulable.

 

Ce processus où on apprend quelque chose à un niveau plus bas (par exemple, la reconnaissance des mots sans compréhension) avant d’essayer d’apprendre un autre niveau plus haut, n’est pas très étonnant.  La plupart des neurologues pensent que le cerveau est construit de façon hiérarchique.  Donc c’est plus efficace de changer cette hiérarchie une seule couche à la fois.

 

Conclusion :

 

Pour mieux comprendre une langue étrangère, on a besoin de faire quelque chose de presque paradoxale : arrêter l’analyse et se focaliser sur l’écoute sans compréhension !  De plus, on doit 1) écouter activement : essayer de reconnaître chaque mot, 2) mettre entre parenthèses la langue maternelle (seulement après un certain niveau, quand on a assez de vocabulaire), et 3) après un certain temps, réintégrer les analyses, mais maintenant complètement dans la langue étrangère.

Il est clair qu’on a des compétences différentes dans les différentes parties du cerveau, et chaque personne est différente.  Donc, pour apprendre une langue étrangère, il faut utiliser tous les outils possibles.  C’est-à-dire que ce n’est pas efficace de rester seulement dans une méthode analytique ou une méthode intuitive, mais il faut utiliser les deux.  De plus, toutes les stratégies sont vraiment personnelles : quelque chose qui marche très bien pour une personne, ne marcherait pas pour une autre.  Il faut essayer toutes les stratégies et choisir celle qui marche bien pour la personne.

C’est évident que pour mieux comprendre oralement une autre langue, il faut rester dans cette langue autant que possible pendant l’apprentissage.  D’abord l’utilisation de la langue maternelle est très utile, mais limite dans la démarche. Vraisemblablement pour comprendre une autre langue de façon automatique, on a besoin de changer ou d’ajouter des structures dans le cerveau.  Chaque fois qu’on passe à la langue maternelle, on interrompt ce processus et il faudra plus de temps.  Il faut faire des associations avec tous les mots étrangers sans référence à la langue maternelle.  Alors, pour faire des progrès plus rapides sur le long terme, restez dans la langue cible et sacrifiez un peu cette ambition de compréhension orale totale sur le court terme !

 

Rédaction: Eric Burt

Les nouvelles régions de France

Depuis le 1er janvier 2016, la carte de la France est différente parce qu’il y a eu fusion de certaines régions. Le gouvernement de Manuel Valls avait pris cette décision pour réduire les dépenses de l’Etat.

Le nouveau découpage des régions avait été validé par l’Assemblée Nationale, mais les noms devaient être choisis par les habitants des régions eux-mêmes.

Voici la nouvelle carte de France et le nom de ses nouvelles grandes régions.

 

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Si cette fusion des régions de France vous intéresse, vous pouvez également lire l’article suivant :

http://califrenchlife.com/2016/02/03/les-regions-de-france/

Les interjections françaises (to sound French !)

Les interjections sont des sons faits par les locuteurs natifs pour insister sur leurs sentiments dans la vie quotidienne.

Voici quelques interjections courantes pour avoir l’air d’un(e) vrai(e) Français(e) !

 

Quand il fait froid, les Français disent: Glagla !

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Quand ils se font mal, ils disent: Aïe !

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Quand ils imitent le coq, symbole de la France, pour montrer leur fierté, ils disent: Cocorico !

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Quand ils mangent quelque chose de bon, comme un excellent macaron, ils font: Mmmm !

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Avant de faire certaines actions comme sauter ou une action brusque, les Français disent: Hop ! Par exemple, hop ! On monte dans la voiture.

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Oh là là ! est dit quand il y a une bonne ou une mauvaise nouvelle. Exemple: Oh là là ! C’est formidable ! Ou: Oh là là ! c’est horrible !

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Ces interjections sont aussi régulièrement utilisées dans les livres pour enfants ou les bandes dessinées. Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot ont montré cela dans la chanson Comic Strip :

 

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